Radio : Exils et accueil, de la Retirada à aujourd’hui

Une émission réalisée par FM+ (Guylaine Dubois) en partenariat avec radio Lenga d’Oc (Bruno Cécillon), Jazz IN (Paul Esgleas) et l’Eko des garrigues, dans le cadre de la série « Itinérances » produite par l’ARRA avec le soutien de la Région Occitanie. Producteur délégué : Manuel Plaza Toro.

Les 20ème et 21ème siècles resteront probablement ceux de toutes les migrations. Ce ne sont pas les guerres mondiales qui ont vidé les terres, les pays, ce sont les migrations proclame Erri de Luca, en préambule à ce documentaire radiophonique Itinérances. Les populations qui fuient les conflits, les persécutions ou la misère, avec leur grande diversité de causes demeurent une triste constante de l’histoire.

Si l’impact sociétal des migrations contemporaines semble culminer de manière inédite, c’est sûrement parce-que nos réseaux globalisés ne nous permettent plus d’ignorer quoi que ce soit et que chacun est désormais le témoin du sort des tous. Des dirigeants et des responsables politiques peu scrupuleux ont ainsi compris ce qu’ils avaient à gagner en agitant le spectre de la submersion étrangère. Comme s’ils était inacceptable et honteux de chercher simplement à vivre. Réfugiés, déplacés, demandeurs d’asile, migrants…au fond, peu importe l’étiquette. Un mot suffit à qualifier cette itinérance : l’exil.

Sans prétendre à une analyse globale, ni à une étude des lieux exhaustive, nous avons donné la parole à des descendants de réfugiés, des écrivains, des intellectuels, des artistes, des responsables d’associations et aussi à des personnes qui ont risqué leur vie par arriver jusqu’en France et parfois sur des embarcations de fortune. En croisant ces voix et ces expertises, nous avons tenté de comprendre ces exodes d’aujourd’hui qui font écho à la Retirada en 1939, dont les 80 ans ont été commémorés en 2019.

Les Républicains espagnols à Rivesaltes

Geneviève Dreyfus-Armand, présidente d’honneur du Cermi, vient de publier un nouvel ouvrage aux Editions Loubatières, dans la collection Récits et témoignages : Les Républicains espagnols à Rivesaltes : D’un camp à l’autre, leurs enfants témoignent – janvier 1941-novembre 1942.

À partir de janvier 1941, des familles de républicains espagnols arrivent au camp de Rivesaltes. Un camp de plus sur leur long parcours d’indésirables. Pendant toute l’existence du camp, les Espagnols représentent toujours plus de la moitié des effectifs des internés. Longtemps passé sous silence, cet enfermement de familles entières resurgit ici dans les mémoires et dans l’histoire. Si les hommes sont incorporés dans les groupements de travailleurs étrangers (GTE) mis en place par le régime de Vichy, femmes et enfants restent confinés dans ce lieu inhospitalier, glacial en hiver et torride en été, où règnent la promiscuité, l’insalubrité et la faim. Où la mort rôde, notamment autour des enfants les plus jeunes, malgré l’aide apportée par des œuvres d’assistance dépassées par l’ampleur de la tâche. Sur les chemins de l’exil depuis 1939, parfois depuis plus longtemps, ces familles espagnoles ont connu les aléas de centres d’hébergement répartis sur tout le territoire puis les camps lorsque ces refuges ferment. Ces femmes et ces enfants sont alors transférés à Rivesaltes, surtout lorsque le camp d’Argelès est évacué suite aux inondations de l’automne 1940. Si le camp de Rivesaltes n’est pas le premier pour les réfugiés espagnols, il n’est pas non plus le dernier, puisqu’ils seront pour beaucoup transférés à Gurs en novembre 1942. Certains connaissent ainsi de multiples camps entre 1939 et 1944, transférés sans cesse de l’un à l’autre. Douze témoignages émanant de cinq femmes et de sept hommes, nés entre 1924 et 1939, évoquent cet univers d’enfermement et d’arbitraire. Ils sont présentés, contextualisés et mis en perspective par une historienne spécialiste de l’exil républicain espagnol.

Geneviève Dreyfus-Armand aborde également ce sujet dans le dernier numéro de l’Histoire (décembre 2020) dans un article « 200000 réfugiés sur les plages ».

Répression, exodes, exils d’hier et d’aujourd’hui

Rencontres franco-espagnoles organisées par « Voix de l’extrême Poésie et culture » et « Voces del extremo » à Montpellier et Sète du 5 au 7 décembre prochain avec un beau programme de conférences, de récitals et d’expositions sur les camps en France et le camp de la Magdalena à Santander (Cantabrie). Geneviève Dreyfus-Armand, fondatrice et présidente d’honneur du CERMI et Anita Gonzalez-Raymond, membre du CERMI y contribueront.